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Les intérieurs de Diane Keaton

Elle est la plus gourmande, la plus spirituelle, la plus fragile, mais parfois aussi la plus solide. La plus… Diane Keaton, quoi ! Les superlatifs abondent lorsqu’il s’agit de décrire cette sacrée bonne femme de trente-huit ans, native de Los Angeles et pourtant symbole vivant de la New-Yorkaise d’aujourd’hui. Quinze excellents films, un Oscar et une kyrielle de prix de la critique n’ont pas encore réussi à la rendre plus sûre d’elle-même ; ses attitudes, ses expressions et ses accoutrements ont beau être copiés par dés milliers d’Américaines admiratives, Diane-la-divine n’en demeure pas moins aussi timide et traqueuse qu’à ses débuts. Alors que tant d’autres consœurs ne savent plus quoi inventer pour épater la galerie et le box-office, Diane se contente de traverser sereinement quelques chefs-d’œuvre du septième Art pour déchaîner l’enthousiasme général. Tout comme Meryl, Jessica et les rares autres, elle est une super vedette très «années quatre-vingt», c’est-à-dire simple et sans affectation, attachant plus d’importance au nom du réalisateur de ses films qu’à celui de ses partenaires ; à l’écart des superproductions pétaradantes où les Rocky n’en finissent plusde damer le pion au Jedi, Diane Keaton illumine de sa présence d’authentiques films d’auteurs américains qui remportent l’adhésion d’un très large public. La plus étonnée du battage organisé autour de sa personne est bien Keaton elle-même : «Je suis, bien sûr, flattée d’arriver à émouvoir ou à amuser les gens par le biais de mes films, mais j’avoue franchement ne pas comprendre qu’on s’intéresse tellement à moi, uniquement parce que je suis actrice…». Aussi douée soit-elle, c’est-à-dire énormément, Miss Keaton n’est pas du genre à se lever le matin en se demandant si être ou ne pas être est toujours la question. Tony Roberts, un de ses meilleurs amis et son partenaire dans «Annie Hall» notamment, affirme qu’il fût un temps où les premiers mots de Diane à son réveil se résumaient à «Pardon, je m’excuse!». Cet énorme manque d’assurance la fait douter de tout et d’abord d’elle-même. Ainsi, avant le début de chaque tournage, l’actrice se livre (pour rire) à un rituel bien particulier pour exorciser sa timidité et une incontrôlable peur d’échouer. Elle commence d’abord par se sermonner en se demandant ce qui peut la pousser à jouer dans le film en question ; elle fait ensuite mine de se raviser et décrète qu’elle devrait s’arrêter de tourner quoi que ce soit. «Tout est si difficile» ou bien « Je ne serai sûrement pas à la hauteur » sont, à ce moment précis, les phrases leitmotiv qui reviennent le plus souvent sur ses lèvres. Quatre ou cinq mois plus tard, lors de la sortie du film, le dénouement de ces délibérations entre Diane et elle-même ne se fait pas attendre : c’est, selon les années, «Annie Hall», «Reds», «Manhattan», «L’usure du temps», «Intérieurs» ou « A la recherche de Mr Goodbar »; des films qu’on associe volontiers à leur metteur en scène, mais également aux splendides performances de Diane Keaton. Celle-ci a toutes les raisons du monde de s’enorgueillir des dithyrambes qui lui pleuvent dessus, et pourtant… Elle trouve toujours le moyen de se critiquer en vous expliquant pourquoi telle scène où vous la trouvez sidérante lui fait horreur ; lorsque vous vous demandez, perplexe, s’il ne vaudrait pas mieux alors l’accabler gentiment de reproches, histoire de lui faire enfin plaisir, elle se met à vous raconter son enfance. Elle évoque son père, Jack Hall, un ingénieur, et sa mère, Dorothy, qui est retournée à l’université une fois ses quatre gosses élevés. Souvenirs, souvenirs… Première image choc, celle d’une Diane âgée de cinq ans et installée à Santa Ana, en Californie. Choriste de paroisse occasionnelle, son passe-temps favori consiste à entonner gaillardement quelques sérénades, en l’occurrence les tubes du moment au clair de lune. Ces vocalises nocturnes au parfum champêtre font alors naître en elle un ersatz de vocation : elle décide que, plus tard, elle sera «dans le spectacle» ; elle ne sait pas encore exactement dans quelle branche, puisqu’elle est aussi douée pour la danse et la chanson que pour la comédie. Toujours dans la même lignée, Diane adolescente s’occupe ensuite de sa propre famille en formant avec ses deux sœurs et son frère une mini-troupe de théâtre ; elle en est à la fois réalisatrice, dialoguiste et vedette principale tout en confectionnant décors et costumes. Ladite troupe se produit régulièrement devant les deux parents qui constituent un parterre réduit au strict minimum. Lorsque Diane a soudain envie d’élargir son public, elle profite des «descentes» familiales au supermarché pour se livrer à ses numéros favoris ; les ménagères bon genre faisant leurs courses la voient alors se balader dans les allées en imitant la démarche de Charlie Chaplin. Il lui arrive également de surprendre la populace en roulant furieusement des mécaniques, façon camionneur. Elle pousse même l’anticonformisme jusqu’à se présenter à son école en jupe ultra-courte, bas nylon noirs, cheveux hyper crêpés et lèvres peintes en blanc. A cette époque, elle s’arrange pour se retrouver promue vedette principale des spectacles de fin d’année de son lycée ; le temps de constater que la comédie est sa vraie passion et voici Diane-la-téméraire installée à New York pour tenter sa chance. Elle s’inscrit au Neighborhood Play-house pour étudier l’art dramatique avec l’appui moral et financier de papa-maman. L’actrice avoue y avoir énormément appris les rudiments du métier grâce à son mentor Sanford Meisner.”Sandy m’a surtout montré comment jouer en réagissant aux autres ; ça n’a l’air de rien, mais il est très difficile pour un comédien, au départ, de ne pas interpréter ses rôles en égoïste, sans se soucier de ses partenaires. Or, il suffit que ceux-ci décident de modifier leur façon de jouer sans vous en avertir pour que tout s’écroule… ». Sur ce, Diane Hall (c’est son vrai patronyme, Keaton étant le nom de jeune fille de sa mère) fait ses débuts à Broadway dans «Hair». Elle se fait remarquer pour sa prestation et son refus catégorique de se déshabiller sur scène comme le reste de la troupe. En 1970, elle tourne son premier film, «Lune de miel aux orties» où elle n’apparaît que très brièvement. Cette même année marque également sa rencontre décisive avec Woody Allen, l’homme à qui elle doit presque tout ; l’acteur-réalisateur fait alors passer des auditions pour sa pièce «Play it again, Sam» (Tombe les filles et tais-toi). «J’ai trouvé Diane formidable dès le premier instant où je l’ai vue, se souvient Woody Allen. Je me rappelle avoir quand même hésité à lui confier le rôle, la trouvant trop grande à mon goût ; son excellente réputation de comédienne a finalement balayé toutes mes réticences et je l’ai engagée aussitôt». Voilà pour le côté professionnel ; sur un plan plus personnel, la rencontre de ces deux phénomènes se traduit par un coup de foudre,qui tarde à se déclarer. Woody s’amuse à évoquer le début de leur idylle; «Au départ, chacun de nous était terriblement intimidé par l’autre ; on n’échangeait que des banalités du style bonjour-bonsoir jusqu’au jour où, nous trouvant à Washington, je l’invitai à dîner. Je me souviendrai toujours de ce moment-là car Diane fut prise d’un énorme fou rire avant de m’avouer qu’elle était sur le point de me faire la même proposition !». Deux années plus tard, Diane est engagée par Francis Ford Coppola pour jouer Kay, l’épouse d’Al Pacino dans «Le Parrain» ; elle a du mérite à se faire remarquer, coincée entre un Marion Brando qui effectue sa rentrée et un Al Pacino grande révélation du moment. Elle enchaîne tout de suite après sur la version cinématographique de «Tombe les filles et tais-toi», le premier des six films qu’elle tournera par la suite en compagnie de Woody Allen. En 1973, ce dernier la choisit comme partenaire dans «Woody et les robots», une comédie de science-fiction des plus loufoques. Le public américain est aussitôt conquis par le couple Allen/Keaton qui se reforme en 1975 pour les besoins de «Guerre et amour» Woody s’attribue ici le rôle d’un soldat lâche, égaré dans la Russie du 19° siècle en proie aux guerres napoléoniennes ; On retrouve Diane sous les traits de Sonia Volonska, la jeune femme dont s’éprend éperdument le grognard bolchevique. L’humour intellectuel et bourré de références de «Guerre et amour» déconcerte lors de sa sortie bon nombre d’admirateurs de Woody Allen-première manière. Diane Keaton décide alors d’ouvrir une parenthèse dans sa carrière ; après avoir participé au «Parrain n° 2», elle tourne en 1976 deux comédies traditionnelles en compagnie d’Elliott Gould : «C’est toujours oui quand elles disent non»de Norman Panama ainsi que «Harry and Walter go to New York» de Mark Rydell. Elle revient également à la scène, au cours de la même année, jouant à New York «The primary English class» d’Israël Horowitz. Ayant ainsi prouvé qu’elle peut exister et avoir du talent en dehors des films de son Woody chéri, Diane accepte volontiers de le retrouver dans «Annie Hall» qu’il réalise et interprète en 1977 ; bien lui en prend, car elle est tout simplement géniale dans cet hommage à peine déguisé que lui rend Woody. Bien sûr, pour brouiller les pistes, Allen mêle à ce portrait une histoire d’amour mouvementée ainsi que diverses réflexions personnelles sur le monde du cinéma, la Californie et les intellectuels new-yorkais ; toutefois, nul ne s’y trompe : Annie Hall, c’est bien Diane Keaton. Ses accoutrements originaux, ses fous rires et ses onomatopées démentes (dont le légendaire «La-di-da») sont repris par une multitude d’Américaines qui se reconnaissent en elle ; Hollywood la consacre en lui décernant l’Oscar de la meilleure interprète féminine.

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